Paru sur FranceInfo.fr le 03/08/2026 (article remarqué par Josette)
Une école rénovée, des voiles d'ombrage, des arbres plantés...Cette ville du Var met en place de nombreux projets depuis 2022 afin de lutter contre les vagues de chaleur de plus en plus nombreuses, après avoir enregistré un record de températures pour un mois de juin quelques années plus tôt.

Aire de jeux pour enfants adaptée aux fortes chaleurs, à Cuers dans le Var, août 2026. (MATHILDE VINCENEUX / RADIO FRANCE)
Depuis le début de l'été, la France a été frappée quatre fois par la canicule, avec des températures qui dépassent les 40 degrés. Ces vagues de chaleur sont amenées à se multiplier à cause du réchauffement climatique. Comment s'y adapter ? En Provence, une petite ville du Var de 13 000 habitants tente de trouver des solutions.
Avec son voile d'ombrage, ses plantations d'arbres et la rénovation de son école, la commune de Cuers, dans l'arrière-pays toulonnais, s'affiche depuis quelques années en laboratoire pour réduire la température. Au parc pour enfants de Cuers, à quelques pas de la mairie, des voiles d'ombrage colorés sont tendus au-dessus des balançoires et des tourniquets. Avant leur installation, les jeux étaient des fournaises, raconte Jean-Jacques Roux, le directeur général des services de la ville, c'est pour cela qu'il affirme avoir "pris des mesures thermiques sur les jeux", où la température montait "entre 50 et 60 degrés."
"C'était impraticable l'été, pas possible, trop chaud dès le matin", raconte Christelle, une grand-mère qui surveille son petit-fils de 2 ans et demi. "Maintenant, on peut venir toute la journée, il y a quelques points d'ombre", sourit-elle. C'est ce que confirme à son tour Peter, un papa présent au parc : "Les enfants peuvent s'amuser sans se brûler au niveau des toboggans, c'est beaucoup mieux. Même pour nous, c'est plus agréable pour profiter du parc."
"C'est du bon sens et ce sont des pratiques aussi antérieures, qui ont été à un moment donné oubliées, abandonnées et qu'on réutilise."
Jean-Jacques Roux, directeur général des services de la ville
à franceinfo
Un peu plus loin dans le centre-ville, trois voiles d'ombrage similaires protègent une rue commerçante où le soleil cogne aux heures les plus chaudes. Le directeur des services de la ville explique que le centre-ville "est sur un rapport thermique proche de l'apport thermique de l'ombre d'un arbre adulte, c'est-à-dire qu'on a 25 degrés d'écart entre le sol ensoleillé et le sol à l'ombre de l'ombrière." Les habitants le remarquent aussi. Catherine fait un détour pour emprunter cette rue quand elle va faire ses courses, elle ne manque pas de souligner qu'il "y a une certaine fraîcheur, ça se voit, ça se sent, c'est pour ça que je passe là." "C'est toujours de l'ombre de gagnée", ajoute à son tour Frédéric. Ce dernier profite des quelques mètres d'ombre, pour reprendre son souffle. Selon lui, "il faudrait le faire partout, il n'y a pas assez de surface."
Du gravier plutôt que du goudron
Afin de baisser la température, la municipalité chasse aussi le goudron. Elle l'a remplacé par du gravier sur quelques places de parking, sur une portion de route devant le collège. Ce revêtement plus clair et plus cher a été testé, même si les pneus des voitures ont fini par le noircir. La mairie a toutefois dû renoncer au projet, car s'adapter, c'est parfois se tromper, résume Jean-Jacques Roux. Le revêtement clair a été conservé pour les trottoirs. "On a gardé la solution parce qu'il n'y a pas le problème du roulage des pneus. On est sur un gain thermique d'à peu près 15 degrés, en termes de confort thermique pour le piéton, de chaleur au sol, il y a 15 degrés de moins", précise-t-il.

Ecole rénovée à Cuers, avec un préau plus grand et des arbres plantés, août 2026. (MATHILDE VINCENEUX / RADIO FRANCE)
La municipalité a également entrepris la rénovation complète de l'une des écoles de la ville avec une cour oasis parsemée d'arbres, un pré haut très haut pour favoriser les courants d'air et des brise-soleil sur les façades. Le choix de ces "brise-soleil de type moucharabieh" originaires du Moyen-Orient, plus exposé au soleil qu'en France, porte ses fruits selon Jean-Jacques Roux : "Ici, sur tout le mois de juin, les températures dans les classes ont varié entre 22 et 27 degrés, donc nous n'avons eu aucun jour d'extrême chaleur dans les classes."
"Au début, certains rigolaient de cette démarche, on s'aperçoit maintenant que le réchauffement climatique ne fait plus rire grand monde."
Bernard Mouttet, maire divers centre de Cuers
à franceinfo
La commune a également modifié son plan local d'urbanisme (PLU), pour forcer les acteurs privés à s'adapter eux aussi. Le maire divers centre de Cuers, Bernard Mouttet rappelle que la municipalité "a modifié [son] PLU en 2025 pour inciter et contraindre les acteurs de la construction à la mise en place de solutions pour lutter contre la surchauffe climatique, c'est-à-dire les matériaux, les brise-soleil, les plantations d'arbres, les revêtements de parking, la ventilation des bâtiments etc."
Record de chaleur en juin 2022
La prise de conscience de l'édile remonte à l'été 2022. À ce moment, Cuers enregistre le record de température en France pour un mois de juin, soit près de 38 degrés. Au fil des vagues de chaleurs estivales, cette température est en effet devenue presque habituelle dans l'arrière-pays varois. Désormais chaque année, le maire consacre environ 5% du budget travaux de sa commune, à l'adaptation climatique. "Nous, on met entre 200 000 et 300 000 euros par an sur notre démarche ville basse température en été", détaille Bernard Mouttet.